N°002 & 003
Numéro 002 & 003

Des fondements de la Renaissance africaine aux avenirs de la technoscience

Premier et Deuxième Semestres 2025

Thématique : Des fondements de la Renaissance africaine aux avenirs de la technoscience

Sommaire

1. Didier Ngalebaye, Université Marien Ngouabi, Brazzaville : « Nouvelle Pensée Africaine et Développement : Construction, distribution et évaluation endo-exogènes du savoir en Afrique » 

2. Alawadi Zelao, IRIC, Yaoundé, Cameroun : « Savoirs écologiques et enjeux d’enculturation du développement durable chez les Montagnards du Nord-Cameroun » 
3. Amen Krishna Ndounia, Université Marien NGOUABI, Brazzaville, Congo : « Des figures et codes de pouvoirs dans le conte mythique » 
4. Joseph Zidi, Université Marien Ngouabi, Brazzaville, Congo : « La renaissance africaine selon Simon Kimbangu : une analyse du « Testament de Mbanza-Nsanda » » 
5. Hanétha Vété-Congolo, Bowdoin College, Brunschwick (ME), USA : « Sur quelques conceptualisations africaines du renouvellement de la relation humaine à partir de la question noire : « Moun, mounisme et tout moun sé moun, transpositions caribéennes de Umǔntu, abǎntu, ubǔntu » 
6. Astrid Jamar, Université d’Anvers, Belgique : « Rêves, visions nocturnes et aspirations décoloniales : recherches pluriverselles de la paix à la frontière burundo-congolaise » 
7. Alain F. Ekorong, Université de Douala, Cameroun : « Pour une université africaine décoloniale : prolégomènes à une pensée souveraine » 
8. Nioussérê Kalala Omotunde, Institut d'Histoire ANYJART, Baie-Mahault, Guadeloupe : « Les avantages absolus et la destinée manifeste d’une nouvelle pensée africaine : actualiser les héritages scientifiques et techniques africains pour refonder l’histoire mondiale de la cognition, des sciences et techniques » 
9. Jean Eudes Biem, CERDOTOLA, Yaoundé et Georges Bell Bitjoka, Ecole Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé : « Sur la future pensée scientifique et technologique africaine ancrée dans les codes de l’Intelligence Ancestrale : rapports de cryptanalyse heuristique »

Résumés des articles

  1. 1

    Nouvelle Pensée Africaine et développement : construction, distribution et évaluation endo-exogènes du savoir en Afrique

    Au regard de l’impasse généralisée dans laquelle se retrouve la gouvernance pour le Développement de l’Afrique postcoloniale, qui appelle la mise en place urgente d’une Nouvelle Pensée Africaine devant désormais inspirer son action, quels devraient en être les contenus et modes de distribution et d’évaluation performatifs ? Notre contribution aborde ce problème de recherche à la lumière de la méthode phénoméno-prospectiviste qui, sur l’objet du discours, se déploie en trois étapes complémentaires : 1) le diagnostic historique qui ressort les données du problème des périodes antécoloniale, coloniale et postcoloniale ; 2) la confrontation des résultats du diagnostic historique avec l’actualité de la société concernée ; et 3) la projection de la résolution du problème étudié sur les plans épistémique (a), éthique (b), juridique (c) et institutionnel (d). Les hypothèses de travail permettent d’envisager trois résultats: la Nouvelle Pensée Africaine, dont les objets sont ontologiquement déjà masqués, devrait être pertinente, compatible et performative ; le renouvellement d’une épistémo-éthique de l’entendement citoyen impacte positivement la réorganisation de la gouvernance publique, réduisant ainsi progressivement les marges de la crise de confiance endémique entre gouvernants et gouvernés, dont la manifestation la plus visible est la désaffection démocratique ; le modèle endo-exogène d’évaluation de la recherche en Afrique, suggéré ici, après construction et distribution de celle-là, tient aussi bien compte de la situation socio-économique réelle des Universités et Etats africains abritant celles-ci que du délestage de la pondération du modèle chinois, proposé par Nian Cai Liu. La Nouvelle Pensée Africaine, dans tous les domaines et sur toutes sortes d’objets, apparait devoir inclure le dispositif cognitif endo-exogène qui sortira de l’évaluation épistémo-éthique de chaque secteur d’activités sociales au niveau national, avant une synthèse continentale. La construction et la distribution optimales du savoir en Afrique postcoloniale sortiront de cette évaluation endo-exogène, et supposent la combinaison dialogique de trois gestes théoriques. Enracinement critique et prospectif dans l’histoire africaine repensée (Cheikh Anta Diop, Théophile Obenga, Grégoire Biyogo, Niousséré Kalala Omotundé, etc.) ; développement de la recherche interdisciplinaire sur et à partir des savoirs endogènes (Paulin Hountondji, Charles Jean Marie Minyem, Didier Ngalebaye) et construction de l’Afrique qui vient (Souleymane Bachir Diagne, Charles Zacharie Bowao, Didier Ngalebaye).

  2. 2

    Savoirs écologiques et enjeux d’enculturation du développement durable chez les Montagnards du Nord-Cameroun

    Ce texte analyse les savoirs écologiques des montagnards au Nord-Cameroun à l’épreuve de la dynamique actuelle de développement durable. Il postule que la relation que ces peuples établissent à leur environnement est fortement corrélée à leur infrastructure culturelle. Or, le développement durable tel qu’il est porté et mis en œuvre par les organismes internationaux n’intègre pas suffisamment le référent culturel comme une variable capitale pour les pays en développement. D’où les multiples échecs qui sont produits lors de l’implémentation des politiques publiques environnementales. L’enculturation se pose dès lors comme une exigence incontournable dans l’ordre du discours sur l’environnement, la société et enfin dans la culture.

  3. 3

    Figures de pouvoirs et codes de savoirs dans les mythes ancestraux : le cas de Ng’ékel-ékel, conte Gangoulou du Congo

    S’appuyant sur l’analogie et l’herméneutique des mythes et textes sacrés, cet article reconstitue les significations du pouvoir qui se dégagent du conte mythique Ng’ékel-ékel, l’animal détenteur de queues qui en privait les autres animaux de la terre. Il met aux prises les animaux, encore dépourvus de queues, autour de la conquête de O’ngâ, un figuier placé sous la garde de Le’mpfun, le tarsier, mais dont Mbi’in, la gerboise des savanes, est propriétaire. Le conte consacre la victoire de Mbi’in sur Ng’ékel-ékel, dont la chute entraîne le déliement des queues au profit de tous les animaux. Cependant, absent à la trouvaille des queues, E’mpâ-mpâ, le Margouillat, se dote malicieusement de la queue de son ami Ng’otun, le Crapaud. Au travers de ces luttes et ruses animistes se dessinent, d’une part, aussi bien les états de conscience et caractères que la volonté de puissance, les ambitions de conquête et de domination des êtres humains les uns vis-à-vis des autres, pour de bas intérêts de survie, et d’autre part une invite à la prise de conscience de la double nature humaine d’être à la fois Ng’ékel-ékel, « monstrueux », et Mbi’in, « être ensoleillé », porteur d’espérance divine. Ainsi, la réflexion s’organise en trois moments : 1) présentation des péripéties du récit de Ng’ékel-ékel, 2) analyse des états de conscience et enjeux du pouvoir, et 3) interprétation de la victoire sur soi comme fondement éthique de l’humain. L’intérêt de ma réflexion réside dans trois dimensions de l’étude critique : celle des récits mythiques africains comme fondement de la philosophie africaine, puis des états de conscience comme fondement des formes du pouvoir et de savoir sur lui, et enfin de la détermination du « sacré » qui s’ensuit comme gage du devenir humain de l’homme.

  4. 4

    La vision prophétique de la renaissance africaine chez Simon Kimbangu : une analyse du « Testament de Mbanza-Nsanda »

    En 1948, Cheikh Anta Diop publie un texte intitulé : « Quand pourra-t-on parler de la renaissance africaine ? », dans lequel il s’interroge sur les critères de la réalisation de celle-ci dans les domaines des Arts et des Lettres. Dans sa quête historique des renaissances des peuples, il conçoit la renaissance africaine comme la remanifestation du génie créatif endogène d’expression africaine. Depuis, la notion s’est élargie. Elle se focalise aujourd’hui sur le retour au passé, à la civilisation africaine d’avant la rencontre avec l’Occident dont la religion constitue la matrice. Se situant dans ce domaine matriciel, ce travail montre l’actualité et la dimension prospective d’un autre texte : Le Testament de Mbanza-Nsanda du 10 septembre 1921. Dans ce message aux fidèles avant son arrestation, Simon Kimbangu définit les étapes et les moyens de réalisation de la renaissance africaine à travers trois pouvoirs : le pouvoir spirituel (kinzambi), le pouvoir politique (kimayala) et le pouvoir scientifique (kimazayu). À partir de cet héritage, le kimbanguisme institue trois piliers : le kikongo comme langue véhiculaire, le Mandombe comme écriture et le kimbangula comme fondement de l’art. Pour traduire cette nouvelle vision de l’avenir dans une approche historique et symbolique, nous organisons ce travail autour de trois points : l’aperçu historique de la notion de renaissance africaine, l’origine et la structure du Testament de Mbanza-Nsanda, les fondements de la renaissance africaine dans le kimbanguisme.

  5. 5

    Sur quelques conceptualisations africaines du renouvellement de la relation humaine à partir de la question noire : « Moun, mounisme et tout moun sé moun, transpositions caribéennes de Umǔntu, abǎntu, ubǔntu

    Dans les plantations sucrières des Amériques, l’appel en faveur de pratiques et concepts nouveaux pour la relation et l’existence humaines a pris des formes variées comme le marronnage, la grande Révolution haïtienne, les actes de défiance et les discours systématiques d’Africains esclavagés, actes radicalement opposés aux enracinés et forcenés gestes et idéologies tout aussi systématiques des esclavagistes. Cet article pose que ces actes et pensées des communautés africaines déportées et esclavagés dans les plantations de la Caraïbe s’inscrivent dans des continuités qui en font non seulement des actes et des pensées d’Africains, mais des actes et pensées africains. Si les Africains engagés dans la lutte contre l’oppression et ses structures et relations n’ont eu de cesse de réclamer le changement, celui-ci porte plus profondément sur des aspects philosophiques que sur l’amélioration incidente des conditions de vie. Cette dernière n’a et n’aura de sens qu’en tant que traduction praxéologique d’une philosophie africaine profonde de la liberté, de la dignité et de la communauté humaines solidement constituées autour des concepts phares comme le Muntu et l’Ubuntu des Bantu, dont la redécouverte est toujours déjà une pensée et une pratique de renouvellement de la constitution et de la relation humaines. Cet ensemble est poursuivi dans ses transpositions caribéennes au sein du « Mounisme » qui se résume dans le prédicat ultra-humaniste tout moun sé moun, lequel découle de moun, un terme créole voulant dire « personne humaine » et contenant un sens de l’éthique africaine de l’intégrité humaine intangible. La revendication s’est par conséquent traduite par un accent particulièrement fort mis sur la notion de « nouveau » dans les discours visant à initier ou soutenir une action politique conduisant elle-même à une nouvelle structure et un nouveau contenu pour les relations humaines. De nombreux intellectuels africains ou afrodescendants se sont évertués à en appeler au « nouveau » et à élaborer une pensée du nouveau, du nouvel homme Africain et du nouvel homme tout court. Chez les Caribéens francophones et créolophones, on retrouve l’idée en 1885 dans la dédicace que formule le Haïtien Anténor Firmin à l’endroit de tous les Noirs dans De l’égalité des races humaines, ou encore sous la plume de la Martiniquaise Jane Nardal dans sa retentissante théorisation de l’internationalisme noir en 1928. En 1925, dans son célèbre article « Enter the New Negro », le philosophe africain-américain Alain Locke mettait en avant cette idée de nouveau devant régir les affaires des personnes noires dans le monde. Plus récemment, des penseurs martiniquais comme Aimé Césaire ou Frantz Fanon l’ont encore articulée, affirmant entre autres : « C’est une société nouvelle qu’il nous faut », « un homme neuf », « un nouvel humanisme ». Dans le cadre du projet contemporain d’une nouvelle pensée africaine, cet article accomplit deux tâches principales. L’une est d’établir et exemplifier les continuités qui nous obligent à intégrer les catégories de la pensée produite par des Africains en dehors de l’Afrique comme celle d’Africains esclavagés dans les plantations sucrières de la Caraïbe pour faire saisir l’intérêt culturel et politique qu’il y a à connaître, comprendre et mobiliser ces catégories lorsque nécessaire, et surtout, de les reconnaître comme parties intégrantes du plus large système de pensée africaine. L’autre pose, à partir de ces continuités et transpositions, la philosophie africaine profonde de l’humain comme cadre et vecteur des conceptualisations les plus avancées du renouvellement de la relation humaine qui se font à partir de la question noire depuis les carcéralités et les siècles de l’univers plantationnaire jusqu’à notre époque. La démarche suivie associe l’histoire des idées, l’analyse du discours et la psychosociologie de la discrimination plantationnaire pour mettre en évidence la dialectique de la déshumanisation esclavagiste aussi bien des esclavagés que des esclavagistes, ainsi que de la réhumanisation théorique, épistémologique et praxéologique des deux groupes dans les conceptions africaines, congo en particulier, et leurs transpositions caribéennes.

  6. 6

    Rêves, visions nocturnes et aspirations décoloniales : visions pluriverselles de la Paix dans les zones frontalières burundo-congolaises

    Motivé par des aspirations féministes décoloniales et un regain de confiance épistémique dans les savoirs issus du continent africain, cet article s’intéresse aux visions pluriverselles de la paix dans les zones frontalières burundo-congolaises. De plus en plus, les études de la paix et des conflits reconnaissent les limites des interventions de la paix en raison de leurs logiques eurocentrées, et de la violence épistémique sous-jacente. Les zones frontalières du Sud-Kivu et du Burundi sont un exemple emblématique où des interventions de la paix de grande envergure n’ont eu qu’un succès mitigé. Les rêves, les visions nocturnes, et la rêverie sont mobilisés dans ce texte pour discuter du pluriversalisme inhérent à l’onirique. Tout en tenant compte des impacts de la violence armée et de la violence épistémique sur l’onirique, la diversité cosmologique du pluriversel persiste et continue de constituer des postures et pratiques de décentrement, sources d’imagination et de mobilisation pour les luttes anti-coloniales à travers l’onirique et la rêverie. En se demandant pourquoi et comment sortir de la colonialité de la paix, ce texte dégage des pistes épistémiques et de praxis féministe décoloniale pour encourager une ré-imagination des interventions de la paix nourries par les cosmologies et éthiques de cette zone frontalière.

  7. 7

    Pour une université africaine décoloniale : prolégomènes à une pensée souveraine

    Cet article propose une réflexion programmatique sur les conditions de possibilité d’une université africaine décoloniale fondée sur la souveraineté intellectuelle. Il part du constat d’une persistance de la colonialité du savoir dans les universités africaines, perceptible à travers les langues d’enseignement, les curricula, les circuits éditoriaux, les modes d’évaluation et les dépendances financières. En s’appuyant sur le concept derridien d’« université sans condition », l’auteur soutient que la décolonisation universitaire requiert une inconditionnalité statutaire garantissant la liberté de questionner, de critiquer et de publier. L’analyse s’organise autour de trois axes complémentaires. Le premier établit un cadre normatif articulé autour du droit à la déconstruction et de la centralité des Humanités envisagées en tant qu’espace critique stratégique. Le second examine les fondements d’une pensée souveraine à travers la langue, l’archive et l’éditorialisation, montrant que l’autonomie épistémique dépend d’une politique linguistique plurielle, d’une maîtrise des mémoires et d’une économie politique endogène du savoir. Le troisième axe met l’accent sur les infrastructures de la souveraineté, en abordant les enjeux de gouvernance, de financements endogènes, de communs numériques et de diplomatie académique transcoloniale. L’article conclut par huit prolégomènes destinés à orienter les politiques universitaires africaines vers une institution capable de produire, valider et diffuser des savoirs depuis ses propres centres.

  8. 8

    Les avantages absolus et la destinée manifeste d’une nouvelle pensée africaine : actualiser les héritages scientifiques et techniques africains pour refonder l’histoire mondiale de la cognition, des sciences et techniques

    Nouvelle Pensée Africaine publie ici la dernière conférence publique majeure de Kalala Omotunde. Après l’avoir prononcée au Palais des Congrès de Yaoundé (lors de la Première Convention de la Nouvelle Pensée Africaine en octobre 2022), il décède subitement quelques semaines plus tard, exactement comme son maître Cheikh Anta Diop en février 1986. On peut donc dire que le monde attend ce que les jeunes générations de Camerounais en particulier, parmi les jeunes Africains et les générations futures, feront de ces deux conférences-testaments du maitre et du disciple qui, par la force de l’histoire, ont fait d’eux des héritiers. En attendant, le texte a été transcrit à partir de la vidéo par Viviane Kibang, puis annoté par Jean Eudes Biem et édité par Charles Binam Bikoi pour la revue Nouvelle Pensée Africaine, dont Omotunde avait souhaité être membre du Conseil scientifique. Les références ont été précisées après vérification, dans la mesure du possible. L’on s’en est tenu à celles-ci pour la bibliographie, mais par respect pour l’auteur et l’intégrité du texte, les citations dont les sources n’ont pas pu être vérifiées ont également été maintenues telles quelles. Pour l’essentiel, Omotunde fait ici un point de la grande fresque de sa pensée des héritages et de la renaissance africaine, fondée sur l’affirmation sans concession que la science africaine ancestrale est la plus avancée même aujourd’hui et malgré les apparences et le déni mythomanes des adversaires, et que l’Afrique doit s’appuyer dessus pour sa renaissance dans tous les domaines, la construction de la puissance africaine devant s’en induire tout naturellement. D’après lui, l’Africain aurait le meilleur cerveau au monde, le plus préparé au calcul depuis des millénaires et le plus apte pourvu que l’on regarde de près les héritages, qu’on les réactive et qu’on les insère dans l’éducation et le formatage du cerveau des plus jeunes. Il passe ensuite en revue quelques domaines de de sa grande fresque de l’antériorité de l’excellence scientifique africaine millénaire, notamment : les mystères des solides et du vide vivant, première théorisation de la dualité matière-vide et des forces associées comme constituant de base de l’univers, de la création générale et de la vie à toutes les époques ; l’anatomie ; l’optique ; la notation de la musique ; l’invention de l’écriture et de la monnaie ; l’invention des Arts architecturaux et leurs modèles de mesure (sculpture, etc.) ; les outils pédagogiques ; la géométrie fractale ; les symétries infinies ; les algorithmes ; l’auto-organisation complexe. A tort ou à raison, sa thèse-conclusion, conforme à l’anthropologie sans concession de Cheikh Anta Diop, sonne sans équivoque : « l’Afrique, c’est la modernité du monde entier. L’Afrique restera toujours en avance sur tout le monde. Après ce n’est qu’une question de conscience. »

  9. 9

    Sur la future pensée scientifique et technologique africaine ancrée dans les codes de l’Intelligence Ancestrale : rapports de cryptanalyse heuristique

    La pensée scientifique et le développement technologique se construisent d’autant plus fortement dans une société qu’ils peuvent s’ancrer dans les héritages scientifiques endogènes de ladite société. Pour son développement technoscientifique optimal, l’Afrique puisera prioritairement et au maximum dans l’intelligence ancestrale africaine et les héritages que celle-ci a générés. Disponibles à cet effet sont deux types d’évidence présentant des caractéristiques scientifiques qui, cachés dans les héritages culturels du continent et indûment circonscrits dans le champ culturel, précèdent et parfois surpassent les acquis les plus avancées de la science institutionnalisée. Les deux types diffèrent par le traitement académique moderne dont ils font l’objet. Il s’agit d’une part de connaissances scientifiques tantôt contestées et tantôt reconnues, à l’instar de l’astronomie dogon qui a observé le système stellaire binaire de Sirius et tracé ses mouvements célestes des siècles avant l’invention du télescope à lentilles, et surtout de l’invention africaine, dans les systèmes divinatoires, des mathématiques récursives, de la géométrie fractale et du calcul binaire d’où tous les progrès de l’informatique moderne puisent leurs origines. Le deuxième type regroupe des ensembles insoupçonnés de savoirs scientifiques codés dans les Arts, les langues, les techniques et la spiritualité traditionnels, et qui peuvent et commencent à être mis à jour par le moyen d’une cryptanalyse heuristique exemplifiée en l’occurrence dans les découvertes confirmées ou à confirmer de Georges Bell Bitjocka. Dans l’optique d’une Nouvelle Pensée technoscientifique africaine capable de puiser dans ces héritages avec les meilleurs standards de validation, cet article tente en première approximation d’établir un lien d’optimisation entre le deuxième type et la science conventionnelle dans laquelle il doit être validé par la science normale quitte à susciter une révolution scientifique au sens de Thomas Kuhn, en passant par les aspects concluants et incontestées du premier type dont la dynamique implique in fine la pleine reconnaissance académique. La démarche méthodologique définie à cet effet consiste en un renouvellement épistémologique et technoscientifique par dé-culturalisation et re-scientifisation des éléments des mythes, des spiritualités et de l’ensemble des Arts et littératures africains traditionnels présentant des savoirs scientifiques et techniques pour en faire des analyses scientifiques rigoureuses et en tirer toutes les conséquences en termes de projections technoscientifiques. En illustrant le principe sur l’astronomie dogon, l’article suggère d’appliquer la démarche aux systèmes de divination africains d’où l’informatique tire ses origines pour émettre un ensemble d’hypothèses qui pourront être vérifiées ou non par l’expérience. La plus importante de ces hypothèses est qu’en tant que systèmes de calcul utilisant possiblement une codification fractale de l’information, certains systèmes africains de divination pourraient contribuer à la résolution du problème nodal de la décohérence dont dépend la production à venir des ordinateurs quantiques.

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